UTMB 2007, le 24 août.
Arrivée à « Cham » vers 11h45 .
Retrait
du dossard, vérification du matériel obligatoire, pose du bracelet avec 2
puces (impression d’être un prisonnier sous surveillance : Big Brother n’est
plus loin !!) ; retour à la voiture et préparation des 2 sacs à destination
de Courmayeur et Champeix).
Pasta party (décevante : les pâtes sont quelconques et
pas grand chose avec) et repos : impossible de trouver le sommeil (ça
gamberge pas mal)
On s’équipe : sac à dos (4.7kg avec 1.5l d’eau) et
direction la ligne de départ vers 17h15 .
Déjà beaucoup de coureurs et de spectateurs ; ambiance bruyante ( difficile
d’entendre son portable)
Après les discours de plusieurs officiels , départ de la course à 18h34
précises au son de « 1492 » ; musique très poignante.
La foule s’élance dans le rues de » Cham «. Au bout d’à peine un km mon
portable tombe à terre !!
Une partie roulante avant les grosses difficultés : je
cours et je ne gambaderai plus aussi bien par la suite mais à ce moment je
ne le sais pas !!!
Première grosse montée vers le col de Voza : je marche
alors que l’hiver on skie içi : piste du Kandahar (info d’un collègue qui
est moniteur de ski) . Belle vue sur le massif du Mont-Blanc.
Descente vers Saint Gervais : je me retiens pour éviter
la chute à tout moment.
Ravitaillement ; coupe vent et lampe frontale.
Direction les Contamines où l’accueil est très
chaleureux. (30kms ; même pas le 1/5 du parcours)
Dans la montée vers les Chalets de la Balme ; je
téléphone à Luigina.
A la Balme, ma première soupe (je suis les conseils de Christian qui m’a
conseillé de manger salé) et quelques tucs (les gâteaux pas les travaux ….).
J’enfile ma polaire car le fond de l’air est frais. Il est 0h30 (5h 56 de
course)
Je repars vers la Croix du Bonhomme : je suis la caravane des frontales
(ambiance Santé… mais plus obscure) ; traversée d’un névé.
Sur une partie un peu plus plate, je tombe. On m’aide à me relever :
douleurs fortes au genou et à la cheville gauche. Inquiétude….je marche
doucement et reprends ma progression. Arrêt au refuge de la Croix du
Bonhomme où je me fais soigner par un médecin : plaies superficielles à la
cheville et hématome au genou).
La descente vers les Chapieux se fait très prudemment à cause du terrain
(glissant et présence d’ornières) et de mon genou qui me signale aimablement
sa présence.
15min de pause aux Chapieux : deuxième soupe et un gâteau semoule précédés
de 2 verres de coca (boisson de tous mes ravitaillements).
En partant je demande des nouvelles de Marc et le vois arriver au moment de
mon départ.
Route bitumée monotone vers la ville des glaciers direction le Col de la
Seigne et

l’Italie ( 6h18 et 11h44 de course -59kms) . Le jour se lève et direction
Courmayeur : je marche beaucoup dans la descente : les pieds me font
souffrir).
Chemin plat assez large (montré au reportage de la TV dimanche soir) puis
une côte et descente sur Courmayeur par le col de Checrouit.
Arrêt de 50min à Courmayeur : douche ; changement de tenue ; repas et
changement de mes pansements tachés de sang). 14h46min de course pour 77kms.
Ne pas regarder ce qui reste à faire pour arriver à « Cham » mais ce qu’il
faut faire jusqu’à la prochaine étape.
La partie que je vais découvrir est semble-t-il la plus belle du parcours
(il faut dire qu’une bonne partie du parcours se déroule de nuit et que la
visibilité n’est pas des meilleures).
800m de D+ pour le refuge Bertone ; la plupart de la
progression se passe en forêt : tant mieux car le soleil commence à cogner.
Un chemin en balcon mène au refuge suivant (Bonatti) puis descente sur
Arnuva. Une pause avant d’attaquer le gros morceau de l’après-midi : la
montée vers le grand col Ferret.
Dans la montée, le téléphone sonne : Luigina m’apprend
que Marc a abandonné à Courmayeur ; son sac ayant disparu. la communication
est coupée : plus de réseau. Impossible de joindre Luigina. Une pensée pour
Marc.
Je continue ma progression et me trouve surpris d’arriver au col, point
culminant du parcours. j’attendais d ‘abord un refuge que j’ai dépassé sans
m’en rendre compte !!!.
Je me fais prendre en photo, enfile ma polaire car le
vent est frais et amorce la descente (16h10-21h36 de course et 98kms).
Descente peu technique mais que je n’apprécie pas à sa juste valeur : mes
pieds sont si douloureux que je ne peux plus courir. Je me fais dépasser par
des dizaines de coureurs : j’enrage !!
Téléphone de mon beau-frère Raphael qui me remonte le moral : le doute ayant
fait son chemin et pas le bon.
Peu avant la Fouly, rencontre un coureur Corse dans le même état de
fraîcheur ; décidons de faire un bout de chemin en discutant. On se rend
compte que la Suisse est toujours aussi propre ; une montée de plus vers
Champeix atteint à 21h08 après 26h34 de course.
Douche ; changement de tenue : je veux changer de chaussures mais n’arrive
pas à enfiler celles de rechange (pieds gonflés). Repas avec beaucoup de mal
(les pâtes sont infectes) ;
Je veux me faire « papouiller » les pieds mais la file d’attente est trop
longue .
Je décide de repartir après 45min de répit : les 41
derniers kilomètres m’attendent.
Dernier appel à Luigina qui m’encourage à tenir et à
être prudent.
La montée de Bovine se présente : marche dans la
caillasse et franchissement de rochers ; escalade par moments. Je me
« vautre » en voulant escalader un rocher : j’ai glissé sur une racine et je
me cogne la cheville…. gauche. Descente sur Trient interminable : il faut
être sur ses gardes à cause du terrain et du manque de lucidité de votre
serviteur (deuxième nuit sans dormir). Après Trient, je me cale sur un
coureur pour faire la montée de Tseppes qui n’en finit pas. J’essaie de ne
pas penser à toutes les douleurs qui me taraudent. Encore une descente
calvaire vers Vallorcine uniquement en marchant. Il reste 16kms et je suis
pressé d’en finir. J’écourte la pause et repars d’un bon pas : normal ,ça
monte vers le col des Montets puis descente sur Argentière atteint à 7h13.
Je me dis que la fin est proche et que je peux boucler
le parcours en 39h à condition de trottiner un peu.Je repars en alternant
trottinement et marche à pieds en augmentant la partie trottinement. Les
douleurs sont présentes mais paraissent moins fortes.
A la fin d’une descente, je « tombe » sur Marc venu à
ma rencontre.
A partir de ce moment, j’accélère ma course coaché par Marc qui me dit qu’il
ne reste que 3kms.Marc court à ma hauteur et je remonte bon nombre de
concurrents. Je tiens le rythme : Marc m’assurant la ligne d’arrivée proche
et m’encourageant. Il me laisse sur les 400 derniers mètres.
Je vois se profiler la ligne d’arrivée, lève les bâtons
en V et la franchit au bout de 38h et 1s !! en jetant mes bâtons par terre.
(J’apprendrais le temps exact par Marc qui l’a obtenu
par Sylvie sa femme !!!).
Je retrouve Marc et Eric venu m’attendre Eric ayant brillamment terminé La
3C.
Grand bonheur pour avoir bouclé ce tour quelque peu
terni par la mésaventure arrivée à Marc.
J’espère qu’il prendra sa "revanche" sur ce coup du
sort.
Retour à la voiture, douche ; massage et départ pour Meyzieu.
Un grand merci à tous ceux qui m’ont encouragé par des
SMS ou des appels téléphoniques auxquels je n’ai pas toujours répondu dans
le « feu de l’action ». Ces messages m’ont permis à certains moments d’avoir
la volonté de poursuivre « the long way home ».
Patrice